Tunisie : la fin de l’Instance vérité et dignité, "un oui à l’impunité" ?

posted Modifié 👁 Veille


© France 24 @ Vidéo par Jonathan WALSH Texte par Olfa AYED Dernière modification : 05/05/2018

L’Instance vérité et dignité divise depuis sa création.

Certains évoquent des problèmes de gestion, d’autres l’envie de passer à autre chose et de ne pas ressasser le passé. Créée le 24 décembre 2013, l’IVD, prévue pour durer cinq ans, est née de l’effervescence du printemps arabe, le soulèvement populaire qui a mis fin au régime de Ben Ali fin 2010. Depuis le début de ses activités, l’Instance a reçu 63 000 dossiers de violations présumées des droits de l’Homme et entendu 49 000 personnes sur une période qui s’étale de juillet 1955 à décembre 2013 – des présidences de Bourguiba à Ben Ali, jusqu’aux premiers gouvernements mis en place après la révolution de 2011.

Contrairement à la commission, qui avait adopté sa reconduction jusqu’au 31 décembre 2018 conformément à ses statuts, les parlementaires, eux, ont décidé de ne pas reconduire l’Instance.

L’IVD, une entrave à la réconciliation nationale

Ses membres, parmi lesquels on compte d’anciens cadres ayant exercés des responsabilités au sein du Rassemblement constitutionnel démocratique , font partis de ceux qui ont voté contre la prolongation du mandat de l’IVD. Selon eux, le seul moyen de cimenter la réconciliation nationale est d’éviter les procès. Selon la présidente de l’IVD, Sihem Bensedrine, ceux qui défendent la réconciliation nationale sont les mêmes qui ont à perdre si les responsables sécuritaires et politiques étaient traduits en justice.

  • La gauche tunisienne, pourtant victime de la répression de l’ancien régime, n’est pas non plus à l’aise avec l’IVD, trop marquée par la présence du parti islamo-conservateur Ennahda.

Vers une paralysie de la justice transitionnelle ?

Certains membres de Nidaa Tounès tel que Mourad Delsh affirme qu’il ne s’agit pas d’une remise en cause du principe de justice transitionnelle mais d’un problème de fonctionnement propre à l’IVD, un échec de l’Instance au niveau de la gestion des dossiers qui ne pouvait permettre sa pérennisation. La raison principale pour laquelle on veut casser cette organisation et l’empêcher de travailler est de bloquer le transfert des dossiers à la justice voire de paralyser la justice transitionnelle affirme-t-elle.

  • Il est précisé que tous les dossiers seront transmis à un nouvel organisme qui verra le jour après les élections municipales de dimanche.


,