Monde arabe : les germes d’un nouveau Printemps

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© JeuneAfrique | Publié le 03 avril 2018 à 07h51 | Par Andrew England et Heba Saleh

Jours tumultueux de 2011

Des amis ont été abattus à côté de moi, devant moi et derrière moi, raconte Mohamed Soghayer en se rappelant les jours tumultueux de 2011. Les forces de sécurité tunisiennes tentaient alors, à balles réelles, d’écraser les manifestations de masse qui ont fini par avoir raison du régime brutal de Zine el-Abidine Ben Ali. Décidant des peuples longtemps opprimés à se dresser contre leurs régimes autocratiques et corrompus, les événements de Tunisie ont été le catalyseur du Printemps arabe.

Contre-révolution

L’Algérie et la Jordanie ont connu des mouvements sociaux de moindre ampleur mais également motivés par la hausse des prix des produits alimentaires et par des coupes dans les dépenses publiques. Cette même colère larvée a catalysé les soulèvements de 2011 dans la région, provoquant des conflits en Syrie, en Libye et au Yémen, et faisant le lit des groupes extrémistes, comme Daesh.

Statu-quo intenable

« Personne ne peut dire quand il aura lieu, comme personne n’avait su prédire l’éclosion du premier. Rares sont les pays arabes qui ont été épargnés par les soulèvements de 2011. » Certains, comme le Maroc, ont promulgué quelques réformes. « Ils sont tenus de couper dans les aides publiques, qui ont joué un rôle de filet de protection sociale mais qui engloutissent le tiers des dépenses gouvernementales.

Les experts soulignent que ces réformes étaient très attendues, mais qu’elles sont mises en œuvre dans un contexte volatil caractérisé par l’intensification du sentiment d’injustice au sein d’une population jeune, urbanisée et mieux informée. De nombreux Arabes ont le sentiment que leur vie a empiré depuis 2011. » .

L’exemple tunisien ?

La Tunisie est pourtant le seul pays arabe qui peut prétendre avoir engagé une transition démocratique après les soulèvements de 2011, quand d’autres n’ont connu que des escalades dans la répression. Mais la réussite économique n’a pas accompagné les progrès politiques de la Tunisie, laquelle reste handicapée par un chômage qui touche 25 % des jeunes et par des disparités criantes entre les zones côtières, relativement prospères, et l’intérieur.

  • En 2016, Tunis a signé un accord avec le FMI pour un prêt de 2,8 milliards de dollars afin de soulager son budget, sous pression. Mais ce prêt était conditionné à la mise en œuvre de réformes douloureuses, dont les mesures d’austérité qui ont causé les manifestations de janvier.

Ces mesures ont été approuvées par les investisseurs et par les entreprises, mais elles ont fait flamber le prix des produits alimentaires, l’inflation atteignant 30 %. Quand le gouvernement a voulu réviser son système de subventions du pain, les manifestations l’ont forcé à faire machine arrière.