Sécurité en Afrique

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Depuis les années 1990, l’Union africaine (UA) a entrepris progressivement diverses initiatives pour maintenir la paix et la sécurité sur le continent sans disposer des moyens financiers nécessaires. En conséquence, l’organe continental a été fortement dépendant de donateurs extérieurs pour réaliser ses ambitions. Par exemple, le Fonds pour la paix de l’UA, mis en place en 1993, a été essentiellement financé par des donateurs.

En 2016, en quête d’une appropriation accrue des solutions aux défis de la paix et de la sécurité auxquels elle était confrontée, l’UA a lancé un plan ambitieux de réformes institutionnelles et financières.Lors du 27ème Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UA tenu à Kigali en juillet 2016, l’Assemblée avait décidé d’instituer un prélèvement de 0,2% sur les importations admissibles. L’objectif de cette réforme particulière est de réduire la part des donateurs dans le financement de l’Union, y compris dans les activités liées à la paix et à la sécurité, mais aussi de générer un financement prévisible et durable. Les réformes visent également à relancer la crédibilité de l’organisation et à créer un environnement favorable à la réalisation de sa vision de l’Agenda 2063 pour une « Afrique intégrée, prospère et pacifique », qui aspire à « la bonne gouvernance, la démocratie, le respect des droits de l’homme, la justice et l’état de droit ».

Face aux défis sécuritaires persistants dans différentes régions du continent, l’aspiration de l’UA à la bonne gouvernance, à la justice et à l’État de droit nécessitera un engagement fort pour renforcer l’efficacité et la responsabilité des institutions de sécurité et de justice grâce à la réforme du secteur de la sécurité (RSS). La RSS est un processus politique et technique visant à améliorer la sécurité humaine et de l’État en adoptant des dispositions de sécurité plus efficaces et responsables, la gestion et la supervision de tous les acteurs étatiques et non étatiques.

Adopté lors du 20ème Sommet de l’UA tenu à Addis-Abeba les 27 et 28 janvier 2013, le Cadre d’orientation de l’UA sur la Réforme du Secteur de la Sécurité vise à relever « les défis auxquels fait face le secteur de la sécurité en Afrique dans des situations marquées par la faiblesse des structures institutionnelles, le manque de contrôle démocratique effectif, la faiblesse de la gouvernance démocratique, l’insuffisante conscientisation du public sur les questions relatives à la dimension genre, l’absence de formations appropriées, l’inadéquation des équipements, l’absence ou l’insuffisance de financement ou d’autres ressources ». [2] Ce Cadre d’orientation, considéré comme « un pas important dans les efforts visant à favoriser

l’appropriation africaine des approches actuelles de la RSS », confère à l’UA la seule responsabilité « de la promotion de l’appropriation africaine et de donner un caractère africain aux processus de RSS, dans les domaines de prévention des conflits, de maintien de la paix, de reconstruction post-conflit et de consolidation de la paix en Afrique ».3

L’incapacité des États membres à soutenir financièrement l’UA est en contradiction avec l’un des principes fondamentaux promus dans le cadre, qui souligne que « la responsabilité du financement des processus de la RSS relève des États membres. Les autorités nationales peuvent donc coordonner avec les partenaires bilatéraux, l’Union Africaine, les Nations Unies et les autres parties prenantes en vue d’assurer la viabilité du financement des activités relatives à la réforme du secteur de la sécurité ».4

Plusieurs régions du continent, notamment l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Nord, sont confrontées à des menaces sécuritaires en évolution rapide telles que les crimes organisés transnationaux, le trafic d’armes légères et d’être humains et la présence de groupes armés non étatiques. L’extrémisme violent et le terrorisme continuent de compromettre la capacité des institutions de défense, de sécurité et de justice à fonctionner efficacement. En outre, la capacité limitée des pays africains, de l’UA et des Communautés économiques régionales (CER) signifie qu’un certain nombre de programmes de réforme du secteur de la sécurité sont pilotés et financés par des partenaires extérieurs, multilatéraux et bilatéraux. Une telle dépendance envers des partenaires extérieurs a le plus souvent créé des priorités contradictoires, loin de celles du pays concerné et qui faussent l’objectif final. En conséquence, l’appropriation de tels programmes de réforme a été remise en question non seulement par les citoyens et les États membres, mais aussi au niveau de l’UA.

Comment les réformes de l’UA peuvent-elles représenter une opportunité pour renforcer le rôle de l’UA dans l’amélioration de la gouvernance démocratique du secteur de la sécurité et quels sont les défis éventuels ? Des pays africains, tels que Madagascar, la République centrafricaine et la Gambie, demandent de plus en plus l’assistance de l’UA en matière de RSS. Une AU dotée d’un système de financement plus prévisible et durable permettrait à l’organisation de répondre rapidement aux demandes avec des outils bien préparés et sur mesure et un engagement durable. Avec un financement prévisible, l’UA serait plus crédible dans la promotion d’initiatives régionales pour développer des approches cohérentes et harmonisées de la gouvernance du secteur de la sécurité entre les régions, comme le Cadre d’orientation de la CEDEAO pour la Réforme et la Gouvernance du Secteur de la Sécurité, adopté par les Chefs d’État et de Gouvernement de l’organisation ouest africaine, le 4 juin 2016 à Dakar.

Un défi majeur est à surmonter : un véritable engagement sincère des États membres à se conformer à la décision d’augmenter leur part du budget de l’Union, en particulier celle relative à la paix et à la sécurité sur le continent. Cela fait trop longtemps que la rhétorique des solutions africaines aux problèmes africains a été mise à profit. Sans un secteur de la sécurité efficace et crédible, l’appropriation de l’agenda de la paix visant à créer un environnement favorable au développement durable restera un vœu pieux.

*Mpako Foaleng (PhD) et Niagalé Bagayoko (PhD) sont tous deux des Experts de haut niveau en Réforme et Gouvernance du Secteur de la Sécurité.

[1] Mpako Foaleng, PhD et Niagalé Bagayoko, PhD, African Security Sector Network.

[2] Cadre d’Orientation de l’Union africaine sur la Réforme du Secteur de la Sécurité, Préambule, p. 8.

http://www.peaceau.org/uploads/au-policy-framework-on-security-sector-reform-ae-ssr.pdf

[3] Cadre d’Orientation de l’Union africaine sur la Réforme du Secteur de la Sécurité, op. cit., Section A2, paragraphe 10.

[4] Cadre d’Orientation de l’Union africaine sur la Réforme du Secteur de la Sécurité, op. cit, p. Section D7.1 « Financement des processus de réforme du secteur de la sécurité », paragraphe 50