Sahel : l’ennemi, c’est la piraterie du désert profitant de la disparition de l’État

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© La Vigie |05 avril 2018

Il pourrait en effet être reposant de clamer comme d’habitude que « c’est la faute du terrorisme ». Pourtant, dix-sept ans après les attentats du 11 septembre, il semble bien que cette explication ne suffise plus et qu’il faille trouver autre chose.

L’histoire ?

Soixante ans, cela fait plus de deux générations et s’il y a certes des héritages, tout ne remonte pas forcément à l’histoire, quelques soient les difficultés de départ.

[…]

Enfin, ce Sahara est partagé entre plusieurs pays qui ont une souveraineté sur certains bouts, sachant que comme toutes les vastes étendues fluides, le désert est principalement une res nullius, un peu comme la haute mer. Mais dans la réalité politique moderne, qui dit souveraineté dit frontière.

Les centres et la périphérie

Ce partage territorial a créé des frontières. Constatons qu’elles ont été généralement mal contrôlées, hormis la limite algérienne qui très tôt a voulu dominer sa partie de Sahara, repoussant à l’extérieur les réfractaires. Nous voici revenus à l’histoire, contemporaine cette fois-ci.

Ruptures profondes

Si le Sahara, comme toute mer, a suscité des échanges, ceux-ci ont longtemps été difficiles, aléatoires, dangereux, au rythme du chameau et des pistes ancestrales que l’on pouvait relativement surveiller. Les routes anciennes et établies, reposant sur des trafics faibles le long de circuits antiques, se sont brusquement métamorphosées. Autant de pratiques illégales, sous la coupe de maffieux mondiaux, qui surent instrumentaliser les petits trafiquants locaux et embaucher les populations nomades locales et délaissées. Ce n’est que la cause immédiate, elle n’a fait que rendre visible des problèmes sous-jacents beaucoup plus profonds.

Tomber les masques

Voici donc des pays composites, assemblages d’un territoire classique et habité et d’un territoire désertique et rarement habité, milieu désertique qui ne permet donc pas un contrôle permanent des frontières, celles-ci étant difficiles à établir, marquer puis garder. Mélanger le fixe et le fluide, le statique et le mobile, c’est vouloir assembler des contraires. Cela peut se mixer , cela peut aussi conserver une altérité durable, comme l’huile et le vinaigre qui ne se mélangent jamais durablement. Je crois qu’il faut ici tomber les masques et dire certaines vérités sévères, qui ne plairont pas forcément aux intervenants extérieurs à la zone, qui ne plairont pas non plus forcément aux Africains.

Peut-être va-t-il falloir s’en rendre compte un jour.

Vu de Bamako

Peut-être, pour reprendre la thématique du centre et de la périphérie, faut-il rassembler les deux, ce qui passe autant par l’inclusion du nord que par la réforme du sud.

L’ennemi, c’est la piraterie du désert

Au-delà de la responsabilité purement malienne, il faut comprendre la nécessité d’appréhender cet espace saharien comme un espace partagé. Il ne s’agit pas simplement de profiter des quelques ressources qui s’y trouvent, il faut surtout éradiquer la criminalité armée qui en a pris de facto possession.

Conclusion

Comme on n’a pas changé d’approche et qu’on a continué les habituelles pratiques, vertueuses et convenables mais inefficaces, la solution s’est très logiquement empirée.


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