Le mirage du djihad global en Afrique

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© Marc-Antoine Pérouse de Montclos | LE MONDE |


Le Monde Afrique

La menace est présentée comme globale face à des groupes djihadistes affiliés ou en lien avec les deux principales franchises mondiales, à savoir Al-Qaida et le groupe Etat islamique. Malgré l’ensablement du conflit, le principe d’un engagement militaire n’est donc pas contesté et fait l’objet d’un relatif consensus au sein de l’opinion publique et de la classe politique en France. Lors de la première crise du Golfe en 1991, des Français étaient descendus dans la rue pour manifester contre l’intervention militaire des Etats-Unis au Koweït. L’Elysée avait ensuite pris officiellement position contre Washington au moment de l’invasion de l’Irak en 2003.

Au Mali, en revanche, le déploiement de l’armée française n’a guère suscité de protestations en 2013. Autant les journalistes américains s’étaient empressés de questionner les raisons de l’intervention militaire en Irak, où il n’existait pas d’armes de destruction massive, autant la presse française n’a guère poussé bien loin ses investigations au nord de Bamako. Sans risquer d’être contredit, le président François Hollande pouvait, par exemple, prétendre que la France était intervenue au Mali pour mettre un terme à de prétendus massacres de femmes et d’enfants que les djihadistes n’avaient en réalité jamais commis.

Le plus gros déploiement de troupes françaises

En 2012, les groupes djihadistes alliés à des rebelles touareg s’étaient emparés des villes du nord du Mali, notamment Tombouctou et Gao. Ils avaient aussi pris en otages quelques Occidentaux, un phénomène qui n’a rien de particulièrement exceptionnel si l’on en juge par le développement général de l’industrie du kidnapping dans les pays non musulmans d’Amérique latine ou d’Afrique subsaharienne. Sur le plan stratégique et global, en revanche, les insurgés n’avaient jamais mené d’attentats terroristes en France. Début 2013, la réponse de l’Elysée a été que les djihadistes de Tombouctou et Gao étaient en train de descendre vers le Sud.

Ils risquaient en conséquence de prendre Bamako pour transformer l’ensemble du Mali en Afghanistan sahélien et y installer une base arrière du terrorisme international. Une pareille hypothèse semblait cependant peu probable, entre autres parce que la minorité touareg avait peu de chances de contrôler des espaces urbains densément peuplés et foncièrement hostiles aux populations du Nord saharien. L’empressement des autorités françaises à parier sur une éventuelle victoire des insurgés tranchait, d’ailleurs, avec les précédentes analyses du Quai d’Orsay, qui avaient sous-estimé la capacité des rebelles à s’emparer du pouvoir dans les capitales du Rwanda en 1994 ou du Zaïre en 1996.

Propagande islamiste et djihadisme

Indéniablement, les conflits du « Sahelistan », comme certains aiment désormais qualifier la région, ont été dramatisés en insistant sur leur dimension globale et sur le rôle de la propagande islamiste dans la production d’une menace djihadiste transnationale. En dépit de son engagement en faveur de la laïcité, la classe politique française s’était ainsi inquiétée historiquement des possibilités de complots menés par des « congrégations » religieuses, des jésuites ou des ligueurs royalistes. Dans un tel contexte, les agents coloniaux avaient vite assimilé à des sociétés secrètes les confréries soufies qui sont à présent décrites comme un allié de l’Occident et un rempart efficace contre l’idéologie djihadiste.


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