Discriminations au sein de la famille

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La famille, instance de socialisation

La famille fait l’objet de nombreuses réflexions en sciences sociales mais rares sont celles qui l’interrogent sous le prisme de la justice. Pour pallier ce manque, l’étude des discriminations qui se déroulent au sein de la famille permet de complexifier la représentation que nous avons de cette instance de socialisation. Les mouvements féministes n’ont eu de cesse de rendre visible et de dénoncer les rapports de domination qui s´exercent dans la famille. En France, certaines enquêtes menées à la fin des années 1990 ont révélé l’existence et l’ampleur des violences intrafamiliales et des violences sexuelles ainsi que la persistance des inégalités femmes-hommes dans la répartition des tâches domestiques et des soins des enfants .

La famille, potentiellement productrice de discriminations

De leur côté, les recherches menées sur genre et justice ont contribué à déconstruire le mythe de la famille bienveillante et protectrice afin de révéler le caractère profondément injuste de cette institution et d’en montrer les conséquences sur l’inégale participation économique et politique des femmes et des hommes . L’approche en termes de discrimination, en ce qu’elle s’intéresse à des faits précis associés à des motifs définis, permet d’objectiver le caractère injuste d’un traitement différencié.
Revenir sur la généalogie de la notion de discrimination permet de comprendre pourquoi cette notion n’est pas utilisée pour penser l’injustice dans le cadre familial. C’est en partant d’une réflexion issue des mouvements de lutte contre le sida et des mobilisations pour les droits des populations LGBT que nous tenterons de montrer que la famille constitue un espace majeur de la production des discriminations, soit qu’elles s’y exercent directement soit qu’elles légitiment et masquent les traitements injustes subis par ailleurs.

Un espace à l’abri des discriminations ?

Si les recherches féministes ont franchi les limites de la sphère familiale pour révéler l’ampleur des violences et des inégalités qui s’y déroulent, les travaux sur les discriminations, eux, s’arrêtent aux portes de la famille. Resituer le concept de discrimination dans son ancrage juridique permet de comprendre les frontières et les limites de cette notion. Étant donné que le droit a constitué un moteur dans le développement des recherches en sciences sociales sur les discriminations , les travaux portent principalement sur l’emploi, le logement et l’éducation tandis que l’espace de la famille en est singulièrement absent. En outre, parce qu’elle a opéré dans le contexte français une synthèse entre racisme et inégalité, la discrimination constitue un axe d’analyse majeur pour décrire les trajectoires d’insertion des immigré es et de leurs descendants(es).

Les sphères sociales retenues pour appréhender les discriminations dans la dernière grande enquête menée en France, Trajectoires et Origines, en sont une bonne illustration . Nombreuses et diversifiées, elles se concentrent néanmoins sur le secteur de l’emploi
ainsi que sur les services publics ou privés .


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